Quand j'ai commencé à chercher des façonniers pour la première collection, on m'a conseillé de regarder au Portugal. Délais plus courts, coûts inférieurs, qualité correcte. Je comprends le raisonnement. Beaucoup de marques que j'admire font ce choix, et je ne suis pas en train de leur donner une leçon.
J'ai quand même dit non. Pas par conviction patriotique, pas pour un argument sur l'étiquette. Pour des raisons bien plus prosaïques, et c'est peut-être justement pourquoi ce choix tient.
La première raison est la proximité. Quand un façonnier est à deux heures de Paris, je peux me déplacer. Je peux voir les pièces à chaque étape, corriger un tombé en cours de production, refuser une couture qui ne sonne pas juste. La distance, dans ce métier, ce n'est pas seulement une question de kilométrage : c'est une question de contrôle sur ce qu'on met son nom dessus. J'ai besoin de ce contrôle. Pas parce que je suis perfectionniste au sens névrotique du terme, mais parce que je suis responsable de chaque pièce qui sort de l'atelier.
La deuxième raison est l'exigence technique. Les façonniers français avec lesquels je travaille ont des compétences spécifiques, souvent transmises sur deux ou trois générations, parfois en voie de disparition. Le coupeur qui travaille mes manteaux croisés a appris à Roubaix dans les années 1990, dans une maison qui n'existe plus. Il sait des choses que je ne saurais pas demander à quelqu'un d'autre, parce que je ne saurais même pas comment les formuler. Travailler avec lui, c'est accéder à un savoir que je ne peux pas acheter ailleurs.
La troisième raison est financière, paradoxalement. Fabriquer en France coûte plus cher à l'unité, c'est une réalité. Mais les marges d'erreur sont plus petites parce que la communication est directe, les ajustements sont rapides, et les retouches sur échantillons sont limitées. J'ai vu des marques perdre des sommes importantes sur des commandes portugaises ou italiennes à cause de malentendus sur les finitions ou les matières. Le coût apparent est plus bas, le coût réel peut ne pas l'être.
Je ne prétends pas que le Made in France est la seule voie valide. Je dis que pour Lebrun Paris, à ce stade, avec cette vision du produit et cette façon de travailler, c'est la seule décision cohérente. Le jour où j'aurai une raison concrète de réviser ce choix, je le ferai. Mais cette raison devra être meilleure qu'un argument comptable à court terme.
Ce que je refuse, en revanche, c'est d'en faire un slogan. « Made in France » sur une étiquette sans qu'il y ait derrière une réalité de fabrication, de relation avec des ateliers, de visites régulières, de rejets quand la qualité n'est pas là : c'est un mensonge. Pas illégal, mais un mensonge quand même.
Les pièces Lebrun Paris sont faites en France parce que c'est la façon dont je peux garantir ce que j'affirme. C'est aussi simple, et aussi peu romantique, que ça.
Le détail qui compte. En France, le label « Origine France Garantie » exige qu'au moins 50 % de la valeur unitaire du produit soit acquise sur le territoire national. Lebrun Paris ne revendique pas ce label : les pièces sont simplement fabriquées en France, avec des matières sourcées en Europe. La transparence sur l'origine des matières est un chantier en cours sur le site.
La prochaine fois que vous lirez « made in France » sur une étiquette, posez la question : fabriqué où, exactement ? Par qui ? Depuis combien de temps ? Les réponses valent plus que le label.
Découvrir les pièces de la collection actuelle sur lebrunparis.com.